Les jeunes enfants aussi ont des choses à nous dire.
Romain Lemire et Frédéric Pommier ont tous les deux publiés récemment deux récits les concernant, à la fois bouleversants et révoltants de leurs vies. Dans ces livres, les deux auteurs décrivent à leur tour les multiples violences sexuelles subies dans leur enfance, des violences pédocriminelles et incestueuses.
Ces deux livres ont quelques similitudes hormis l’horreur des faits narrés ici. Par exemple, les deux auteurs vivent et dépeignent un quotidien basé principalement à Paris ; les deux auteurs travaillent dans le secteur culturel ; les deux auteurs conservent un lien à la fois très fort et très doux avec leurs familles respectives et enfin ces deux hommes replacent politiquement et socialement leurs vécus dans un mouvement plus large de révélation de l’intime comme sujet politique à part entière.
La lecture est dure, intense, éprouvante car il reste extrêmement complexe de concevoir qu’un être humain puisse s’attaquer aux enfants, et leur imposer des actes sexuels qu’aucun être de 5, 6, 7 ou 8 ans ne devraient connaître.
Malgré tout, ce qui apparaît particulièrement intéressant voire désarmant à la lecture des deux livres, se trouve dans les cheminements empruntés et choisis par ces deux hommes à la suite de ces abus, de ces violences dans leur chair autant que dans leur être. Ils reviennent à l’aide de différentes structures narratives sur leur reconstruction longue, étendue dans le temps et peut-être aussi imparfaite que leurs choix, avec beaucoup de clairvoyance et de lucidité.
Les deux auteurs détaillent leurs addictions respectives notamment au recours à la sexualité comme démarche de reconquête de leurs corps et de leurs désirs, tout en décrivant une longue ambivalence et un doute profond sur leur orientation sexuelle. C’est ce qui me reste en tête en les lisant et en pensant à ma propre expérience vis-à-vis des violences sexuelles : on se retrouve parfois à évoluer dans une phase personnelle d’hypersexualisation et de conduites à risques qui va durer plus ou moins longtemps.
Les victimes de violences sexuelles ou leurs proches ont souvent pris la plume ces dernières années, à la fois pour raconter, dénoncer mais aussi tenter de trouver des choses à l’intérieur d’elles-mêmes. Je pense à Vanessa Springora, Camille Kouchner, Neige Sino, Sarah Abitbol par exemple, avec des conséquences concrètes comme des propositions de lois, des débats parlementaires, des commissions parlementaires ou encore la révélation d’autres témoignages notamment par le nouveau rôle des réseaux sociaux.