Le 23 octobre 2026, Kevin T a suivi un parcours meurtrier d’une vingtaine de minutes ayant mené à la mort d’un homme et aux blessures graves de cinq autres personnes dont une fillette de 12 ans, dans les communes de Trappes et de la Verrière.
Après ce drame, dont les causes étaient pourtant largement prévisibles, toutes les interprétations et les tentatives d’explications voire de justifications se sont multipliées dans les dernières 48 heures.
Le terroriste a rapidement livré des explications sur ses actes, en indiquant “avoir voulu s’en prendre aux Noirs et aux Arabes pour venger les petits commerçants touchés par les manifestations du 17 octobre dernier”. La portée raciste de cet attentat ne fait dès lors plus aucune doute, dès lors qu’en plus de ces déclarations, on a retrouvé à son domicile un exemplaire de Mein Kampf d’Adolf Hitler ainsi que des tracts du Rassemblement National dans son véhicule.
De ce fait, l’influence de l’idéologie du Rassemblement National et de l’extrême droite en général se doit d’être au coeur de toutes les analyses et les lectures de l’événement, comme elle est au coeur des revendications des victimes et de leurs familles.
Pour rappeler aux indécis ce que représente concrètement l’extrême droite, je vous proposerai la définition suivante issue du Monde diplomatique : “c’est une famille idéologique de partis, mouvements et groupuscules hétérogènes mais qui ont en commun une critique radicale de la démocratie au nom d’une idéologie autoritaire, raciste et nationaliste tendant à exclure une partie des individus de la nation et/ou de la citoyenneté”.
J’aimerais donc tenter de comprendre comment l’extrême droite française a-t-elle réussi ces dernières années à diffuser massivement son idéologie, et pour cela je me tourne vers le rôle central des médias dans le développement des théories racistes, islamophobes et antisémites en France en 2026.
Le journaliste Antton Rouget de Médiapart décrit parfaitement ce qui a permis au Rassemblement National et à toutes ses fractions de prospérer aussi aisément ces vingt dernières années en disant : “La réussite de la stratégie de dédiabolisation est avant tout une défaite du journalisme” : malgré toutes les très nombreuses études et preuves scientifiques détruisant scrupuleusement cette stratégie, les invitations médiatiques se sont multipliées ces 20 dernières années.
Socialter a travaillé sur une frise chronologique d’ampleur sur la percée de l’extrême droite dans les médias, et insiste sur l’arrivée de Vincent Bolloré à la présidence de Vivendi comme acte fondateur de cette omniprésence et ultra-diffusion permanente.
Et en effet comment ne pas reconnaître la force de propagande médiatique d’extrême droite permise par Cnews, C8 ou encore Europe 1 et BFM TV : ces médias et leurs diverses émissions sont devenus de vrais instruments au service du milliardaire et de ses amis d’extrême droite.
Malheureusement cette conquête des médias par l’extrême droite n’a pas épargné le service public et l’ensemble des médias mainstream ; ce qui de facto positionnait le RN comme un acteur légitime des débats politiques, économiques et sociaux. Un acteur avec en ligne de mire l’Elysée et la victoire aux différentes élections du pays.
La Fondation Jean Jaurès a publié en septembre 2026 un rapport d’enquête sur les liens entre les médias et l’extrême droite en France et en Allemagne, que je vous recommande de lire tant les similitudes et les schémas se sont répétés au fil des quarante dernières années.
Dans ce rapport, une phrase centrale résume l’importance de s’intéresser à notre sujet : “Les médias ne créent pas le vote d’extrême droite, qui s’enracine d’abord dans des crises économiques et sociales profondes. En revanche, ils dictent la façon dont ces partis sont perçus, nommés et normalisés dans le débat public”.
Après un tel attentat, il y aurait dû avoir une remise en question sur cette perméabilité des arguments d’extrême droite dans les médias et in fine dans les logiques et raisonnements de certains citoyens. Malheureusement ce ne fût pas le cas puisque Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement national, fût invité dès ce lundi matin sur la matinale de France Inter, matinale la plus écoutée de France, où sans surprise il ajouta de la haine à un drame déjà trop tragique.
Combien de personnes devront donc souffrir de l’incapacité médiatique généralisée à contredire les théories racistes, les idéologies mortifères et nauséabondes ; combien de temps avant que leur déontologie évolue pour de bon ?