Euphoria, une série populaire ou bien un vrai choc générationnel ?

La saison 3 de la série planétaire Euphoria vient à peine de débarquer sur HBO Max, que déjà les réseaux sociaux et les médias de pop culture s’enflamment.

On analyse les tenues, les décors, le casting et évidemment le cas problématique de l’actrice républicaine Sydney Sweeney. Les médias autant que les fans postent une tonne de commentaires et des viewing parties sont organisées partout dans le monde, y compris au Grand Rex de Paris où était montré en avant-première l’épisode 3.

L’un des plus gros atouts de cette série a été sa viralité mondiale. Diffusée pour la première fois en juin 2019, cette troisième saison reprend les mêmes protagonistes mais plusieurs années plus tard, de quoi réactiver un engouement presque intact vis-à-vis de Nate, Maddy, Cassie, Jules et Rue. Malgré les décès des acteurs Angus Cloud et Eric Dane, le public retrouve des visages connus plongés dans de nouvelles circonstances et des quotidiens toujours plus chaotiques.

Ces dernières années, la plateforme américaine HBO Max et son entité française ont conquis une grande importance dans la redoutable compétition à l’accès aux séries stars, en distribuant à la fois Game of Throne, The Pitt, The White Lotus, Sex and the City et encore The Last of Us. Un passage de relais après la domination de la plateforme pionnière Netflix, qui a su impulser la dynamique des séries avec des créations comme Narcos, la Casa de Papel, Stranger Things ou Orange is The New Black.

Mais toutes les séries ne répondent pas aux mêmes besoins ni aux mêmes objectifs et ne vont surtout pas déclencher les mêmes réflexions générales. Et là à nouveau, la série Euphoria est un parfait cas d’école de ce qui cristallise et ce qui provoque une cascade de réactions viscérales et des débats presque infinis.

Comme le décrit Sam Levinson le réalisateur polémique de cette série, “c’est un show à propos des addictions” et notamment des addictions chez les adolescents puis les jeunes adultes américains. On peut alors retrouver dans ce show une variété des dégâts causés par l’addiction aux substances, à l’alcool, à l’amour et au sexe : tous les maux des jeunes mais exacerbés pour un drame social et tragiquement universel.

Une autre addiction qui semble être davantage mise en avant lors de cette saison 3 d’Euphoria est le lien des jeunes à Internet, et l’ensemble des activités et services qui s’y sont développés, particulièrement depuis le Covid. Dans la même interview, le réalisateur développe l’idée que ce qu’il l’intéressait était de “montrer comment Internet force les personnes à adapter différentes personnalités : qui elles sont et qui elles veulent être, et comment ces identités se confondent ensuite”.

Ainsi les influenceurs et les travailleuses du sexe en ligne feront partie intégrante d’une saison tournée avec certains codes empruntés au western et à la tragédie grecque comme lors des deux premières saisons. Mais si ces sujets modernes et actuels forment une idée intéressante en théorie, la réalisation et la concrétisation font plus que polémique auprès des fans, des médias et des spectateurs.

Le coeur des reproches se concentre sur la vision des personnages féminins du réalisateur : une grande majorité travaillent dans l’industrie du sexe, et n’existent à l’écran que pour répondre aux désirs masculins qu’ils soient clairement annoncés ou bien cachés tout au fond de la caméra de Sam. Jules est dépeinte comme une sugar-baby qui vit grâce à ses rencontres tarifées, Cassie utilise les réseaux sociaux et Onlyfan pour transformer sa plastique avantageuse en cosplays de désirs, et Maddy joue les entremetteuses.

Or au lieu de créer une réflexion juste et utile sur cette industrie, Euphoria gâche la richesse de ses nombreux personnages. Ils ne sont plus que des caricatures bancales et des ombres de ce qu’ils étaient dans les premières saisons.

La série baigne dans une démesure devenue incontrôlée où règne l’ego masculin, besoin de sexe à satisfaire, le patriarcat a encore gagné dans cette idée des femmes par le prisme du travail du sexe, nous privant de toute forme de nuance ou de profondeur.

Maddy jouée par Alexa Demie.

En somme, cette saison 3 tant décriée aura au moins eu le mérite de mettre sur le devant de la scène le sujet des travailleuses du sexe, tout en épousant le regard masculin, patriarcal et libidineux sur leurs corps. Le tout, en niant la profondeur et la sensibilité touchante de ces personnages autrefois célébrés pour cela.

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