Où va le féminisme en France ?

En octobre 2027, le mouvement #MeToo fêtera ses 10 ans, marquant de fait un anniversaire charnière pour un mouvement inédit de libération de la parole à la fois des femmes, mais aussi de toute la société. Il y a en effet eu une succession de hastags, comme #MeTooInceste, #MeTooGay, #SciencesPorcs ou #BalanceTonBar, ayant comme similitudes la volonté pour les victimes de se libérer de leurs vécus traumatiques et parfois la volonté de désigner leurs agresseurs.

En conséquent de ces témoignages, des différentes procédures judiciaires qui ont suivies, qui ont parfois été au bout et souvent été une autre déception, la société française a progressivement fait la part belle aux paroles féministes, aux oeuvres féministes voire aussi aux thématiques diversifiées et autrefois mises de côté telles que le harcèlement sexuel, la charge mentale, les répartitions des tâches domestiques ou encore la dépression port-partum.

L’apparition et l’explosion de l’usage des réseaux sociaux ont ensuite accéléré ce processus de mise en avant des sujets féministes dans l’actualité que ce soit par les médias, par les oeuvres culturelles, par les débats politiques ou bien par les actions d’associations et de groupes féministes qui se sont crées et propagés partout ; comme par exemple ce fût le cas des collages féministes.

Pour ma part, j’ai commencé les études supérieures pile à ce moment-là, d’où une joie et un engagement presque corps et âme dans ce mouvement qui épousait des convictions profondes et des expériences malheureuses dans le même mouvement ; je me sentais portée et je voulais aussi porter et encourager celles que je rencontrais avec la même force.

Certaines figures et associations se sont imposées dans l’espace public, comme Nous Toutes, le Planning Familial ou En Avant Toutes notamment, et leurs actions en matière de prévention, de formation, de plaidoyer sur l’ensemble du spectre des violences sexistes et sexuelles ont été salvatrices à mes yeux. À ma petite échelle, j’ai observé des changements progressifs dans les positions tenues par mes proches mais aussi chez les moins proches d’ailleurs, certains propos ont rapidement disparus des conversations.

Depuis 2017, une certaine éducation féministe a progressivement infusé de nombreuses strates en France, entraînant la starification de plusieurs femmes devenues iconiques comme bell hooks, Mona Chollet, Titiou Lecoq, Angela Davis, Monique Wittig, Virginia Woolf, Victoire Tuaillon ou Gisèle Halimi. Des tote-bags se sont multipliés, les rayons féministes des librairies ont triplé de tailles, les créatrices de contenus dédiés à ce sujet ont atteint une audience comptant plusieurs dizaines de milliers de personnes ; en bref le féminisme est devenu un business juteux et rentable pour beaucoup beaucoup de personnes.

Alors que nous aujourd’hui en 2026, sous le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron, président ayant promis depuis son arrivée au pouvoir (ironiquement en 2017 aussi) de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes une grande cause de son quinquennat, le féminisme a largement évolué.

Parmi les résultats de la politique macroniste se voulant en faveur des femmes et de minorités de genre ; on peut observer que les associations féministes manquent de subventions partout sur le territoire, le nombre de féminicides continue de grimper et les femmes se font toujours autant harceler pour leurs choix ou pour leurs opinions. Les femmes qui portent plainte pour violences sexuelles ne sont toujours pas prises au sérieux par la justice, qui classe leur plainte, les soumet à des délais parfois à la limite du raisonnable ou bien les culpabilise de manière directe ou indirecte.

Alors que de nouvelles échéances électorales arrivent et risquent de voir l’extrême droite accéder à des sommets encore jamais atteints, je suis devenue assez désabusée sur la manière dont le libéralisme et le capitalisme ont progressivement capté la lutte féministe ainsi que ses multiples actrices. Nous ne pouvons que constater à quel point, le féminisme ne parle plus à tout le monde, et offre des carrières à des personnes, processus de starification n’ayant pas grand chose de commun avec les objectifs initiaux de faire collectif.

De voir que le 8 mars, journée internationale des droits des femmes partout dans le monde, se voit récupérée par des marques aussi diverses que peu inclusives afin de s’acheter une décence, cela me paraît tristement ironique. McDonalds, Starbucks, Etam ou bien Passage du Désir : tout est bon pour faire sa promo lors d’une journée politique de lutte, des menus spéciaux à des sextoys en promotion voire des ensembles de lingeries toujours plus chers et toujours réservés aux mêmes morphologies.

Et parallèlement à cette capitalisation du féminisme, d’autres femmes promeuvent une forme de dépolitisation du mouvement, demandant à ce que les luttes sociales soient distanciées dans le cortège, et à ce qu’uniquement les femmes puissent battre le pavé. Quelle tristesse et pauvreté d’esprit de ne pas comprendre que la lutte contre la précarité, la lutte pour la libération de la Palestine et des palestiniennes et la lutte pour notre planète ne sont que des prolongements évidents des engagements féministes que nous sommes supposées partager. Les exclure de nos combats ne renforcerait que la conviction que pour être féministe en France, il faut impérativement être hors sol, blanche et seulement concentrée sur son nombril et le bout de son nez.

Il me tient donc de conclure en réaffirmant l'essentiel : aucune lutte féministe véritablement radicale ne se fera sans y inclure la plus grande diversité des femmes possible ; rassembler les vécus et les expériences à la fois des femmes trans comme des travailleuses du sexe ou encore des mères de famille racisées reste primordial pour véritablement porter et proposer un nouveau projet de société.

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