Ovidie redore le blason des mauvaises filles mais ne parle pas d’elles.

Ovidie est une figure à part dans le milieu policé de la culture en France. Ancienne actrice pornographique devenue successivement réalisatrice phare du porno éthique mais également militante féministe et surtout autrice reconnue.

Son dernier ouvrage sorti en 2023 et intitulé “La chair est triste hélas” a été un carton dans les ventes et a été massivement relayé dans les médias puisqu’il racontait comment Ovidie s’était désengagée progressivement puis totalement des relations avec les hommes. Ce livre est court mais dense et dresse un portrait juste de l’état du patriarcat en France, et a récemment été décliné sous la forme d’un seul en scène interprété par la non-moins féministe Anna Mouglalis.

Mais en 2025, Ovidie a choisi de revenir dans nos librairies avec un thème bien différent : une narration de son parcours dans le “porno chic” mêlée à la réhabilitation de la figure mythique des femmes-salopes. Elle analyse la manière dont la perception générale de son activité passée d’actrice X l’a suivi tout au long de sa vie et de ses carrières en la cantonnant à une catégorie à part.

Dans l’ouvrage qui se nomme “Slut shaming : faire payer les femmes”, l’autrice part d’un postulat clair et très juste à savoir que les femmes considérées comme des salopes restent condamnées au jugement permanent mais également à une confiscation de leurs voix. Toutes leurs possibles évolutions personnelles et professionnelles restent marquées par un stigmate.

Pour cela, son parcours était à cet égard exemplaire ; en racontant la manière dont l’industrie du porno était omniprésente en France entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000 ; Ovidie décrit la manière dont les secteurs médiatiques et culturels baignaient pourtant tout autant dans cette industrie jusqu’à créer une sorte de connivence tacite et acceptée.

Si je ne peux que me satisfaire que le récit d’une ex-travailleuse du sexe soit audible et largement partagé, surtout à propos d’une industrie trop peu étudiée et crédibilisée, il n’empêche que certaines des conclusions d’Ovidie sont à questionner.

Le premier reproche que j’aurais à émettre serait de ne pas avoir étudié le porno et les fantasmes de l’époque qu’il représentait ; elle revient sur des noms et des acteurs isolés sans vraiment utiliser un prisme sociologique et réellement traiter du porno en lui-même. Or bien qu’il soit nécessaire de dénoncer les dangers et violences inhérentes à certains hommes et boîtes de productions qui exploitaient les femmes, on ne peut pas faire l’impasse d’une analyse plus rigoureuse et d’un propos moins réducteur sur une industrie en plein mouvement.

Mon deuxième reproche provient directement du premier : il aurait été intéressant et novateur d’avoir un regard concerné sur l’évolution de l’industrie du sexe en 2026 par rapport à la fameuse époque du porno-chic. Les travailleurs et travailleuses du sexe ne bénéficient que rarement d’un tel intérêt culturel et médiatique, il aurait été judicieux de pouvoir les associer à un livre et leur offrir une occasion de commenter leur profession et son évolution.

Enfin, mon dernier reproche concerne le ton employé par Ovidie tout au long de ce livre ; un ton qui me paraît très distancié et presque moralisateur à propos de l’industrie du sexe. Elle ne fait pas de distinguo ni entre les pratiques ni entre les usages ; ne mentionne que rarement le terme de “travail du sexe” posant de fait une absence de politisation du sujet.

Ce livre démontre clairement une recherche de respectabilité plus classique de la part de son autrice, notamment de la part des médias et des institutions culturelles. Je n’ai nul doute sur le fait que des violences aient été entretenues dans le porno-chic avec une complicité des puissants plus que choquante mais on ne lit rien de concret sur le changement qu’elle a elle-même commencé avec le porno éthique.

Il m’aurait vraiment intéressé de pouvoir lire son avis et ses arguments à propos des plateformes, de la sexualité moderne via Internet ou encore comment changer l’éducation à la sexualité - hélas le récit reste autocentré et n’amène pas vraiment ces pistes de réflexions.

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Carole Boinet, femme critique et femme libre de son temps.