Sainte-Salope, une sainte qui n’ira pas au paradis.

“Saint-Salope” est un ouvrage tonitruant et astucieusement construit, publié aux éditions Tête Première, écrit par Andrea Werhun, illustré par Nicole Bazuin et enfin traduit par Mélodie Nelson.

Ce livre est exceptionnel pour deux points :

  • Sur le fond d’abord, c’est le récit à la première personne du singulier d’une travailleuse du sexe sur son milieu, ses métiers, ses choix et ses rencontres.

  • Sur la forme ensuite, l’alliance bienvenue entre les textes et les photos permet de se fondre entièrement dans un monde et une atmosphère complètement inhabituelle et à part, nous sommes plongés dans un monde nouveau.

J’ai savouré ce livre pour sa description logique des différentes professions comprises dans le large univers du travail du sexe au Canada, d’où vient l’autrice. Ce procédé n’est pas original mais il offre une porte d’entrée bienvenue dans le quotidien d’une TDS, ce qui reste inédit pour les non-initiés et les non-avertis.

Durant presque 400 pages, vous aurez donc accès à l’intimité d’une travailleuse du sexe qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui dépeint assez fidèlement les conditions de travail au sein d’une profession aussi méprisée et stigmatisée. Il me tient donc à coeur ce livre car il parle à la fois de l’expérience individuelle d’Andrea avec ses clients et également du parcours collectif qu’elle emprunte avec ses collègues baignant de fait dans le soin communautaire.

Je ne dévoilerai pas les détails de son expérience car le récit de ces rencontres et de ces liens n’appartient qu’à la narratrice avant tout et il ne faut plus séparer la TDS de son récit pour en faire un argumentaire politique désaxé. En effet, lire cet ouvrage m’a rappelé à quel point le partage des récits de concernées par ce milieu est rare. On n’ose pas se montrer ou bien l’on reste mises de côté en attendant le prochain frisson littéraire qui osera être suffisamment subversif pour exister.

À mes yeux, ce livre devrait devenir un objet d’identification et de regroupement pour un grand nombre de travailleuses du sexe, il devrait nous réunir pour partager ou expliquer ou compatir ou bien encore se souvenir. Il devrait être le moteur pour pousser d’autres à créer et à se lancer dans un art qui leur est cher puisque nous sommes les expertes de nos vécus après tout.

Bien que la France de 2026 ne donne plus autant d’espace aux marges pour s’exprimer, il devient urgent d’imposer d’autres récits dans l’espace public pour être visibles de gré ou de force ; pour que l’ignorance des uns ne soit plus une excuse pour réprimer davantage.

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